COVID-19 : comprendre les tests et leur (in)disponibilité

Un avis scientifique publié hier par Tim Colbourn dans The Lancet tente de faire le point sur les débats concernant la « suite des événements » pour l’épidémie. Pour les pays qui sortent peu à peu du cœur de la crise (la Chine bien sûr, mais aussi progressivement l’Italie, l’Espagne, et la France), quelles sont les mesures à prendre pour éviter un retour de l’épidémie ? Colbourn insiste — comme le conseil scientifique français dans son dernier avis — sur l’importance cruciale des tests pour décider correctement du moment opportun pour relâcher les mesures de confinement. Ces tests permettent à la fois d’identifier les cas individuels, pour les soigner et/ou les isoler à domicile, mais aussi, à l’échelle de la population, de quantifier à quel point le virus circule encore sur le territoire.

Les tests : comment ça marche ?

Pour un virus comme le SARS-CoV-2, deux grands types de test existent, avec des méthodes et des objectifs différents.

Le premier type est un test d’infection, consistant à vérifier qu’un individu est actuellement contaminé par le virus. La méthode la plus courante, recommandée par l’Organisation mondiale de la santé depuis le début de cette épidémie, est ce qu’on appelle un test d’amplification en chaîne par polymérase. Il consiste à prélever quelques cellules dans la bouche ou le nez à l’aide d’un coton-tige, pour ensuite rechercher l’empreinte génétique du virus. L’analyse en elle-même prend quelques heures, mais l’échantillon doit être envoyé en laboratoire, ce qui peut signifier une attente de plusieurs jours dans le contexte actuel.

L’entreprise américaine Cepheid a annoncé le développement d'un test prenant seulement 45 minutes, qui a été approuvé en urgence par la Food and Drug Administration. D’autres techniques plus expérimentales sont en développement par des laboratoires et startups (1, 2), mais si elles se révèlent efficaces, elles ne seront pas sans doute pas déployables à grande échelle avec plusieurs semaines.

Le second type est un test d’immunité, qui cherche au contraire à détecter la présence d’anticorps dans l’organisme. Un résultat positif signifie qu’une infection a déjà eu lieu, que la personne est désormais immunisée, et peut donc sortir de confinement. Pour ce qui est du SARS-CoV-2, ces tests existent mais sont en cours d’évaluation afin d’assurer un niveau de fiabilité suffisant. Le Royaume-Uni a d’ores-et-déjà annoncé leur distribution à grande échelle. Le grand avantage de ce type de test est qu’il est aussi plus facile à mettre en œuvre. Il serait par exemple possible de distribuer des auto-piqueurs : des tests similaires aux kits de dépistage du VIH disponibles en pharmacie, réalisables chez soi, et avec un résultat disponible en 15 minutes environ.

Où en est chaque pays ?

À ce jour, les différences de taux de test entre pays sont impressionnantes. Or, plus le nombre de tests effectués est grand, plus on peut s’attendre à ce que le nombre officiel de cas publié par les autorités locales s’approche du nombre réel de personnes infectées, contribuant à une meilleure connaissance de l’état de l’épidémie.

Pourquoi de telles différences entre les pays ? Une partie de la réponse réside dans des choix politiques opposés. La Corée du Sud a décidé très tôt de tester un maximum de gens pour identifier les cas et dépister leur entourage. Le gouvernement sud-coréen avait ainsi approuvé dès le 4 février la production d’un premier kit. Les méthodes de déploiement de ces tests, également, suivent cet objectif de dépistage à grande échelle, comme on peut le voir dans ces vidéos montrant des « cabines de test », ou encore des stations en « drive through » pour les automobilistes. Cette meilleure préparation est en grande partie due aux mesures prises par le pays suite à l’épidémie de coronavirus déjà survenue en 2015, qui avait tué 186 personnes.

Dans d’autres pays au contraire, les tests prennent énormément de temps, voire sont tout simplement impossibles pour les personnes ne souffrant pas de symptômes graves. Assez prosaïquement, ces pays manquent tout simplement de ressources, même s’ils concentrent plutôt leur discours sur le fait que tester massivement ne serait pas la priorité, ou simplement infaisable. Ils payent pour la plupart le retard qui découle de la décision, en début d’épidémie, de ne pas lancer une production massive de tests. En France par exemple, seuls 70 laboratoires sur le territoire sont habilités à analyser les échantillons, créant un goulot d'étranglement qui vient s’ajouter au simple manque de kits. Ceux-ci sont pour l’instant disponibles auprès de six laboratoires pharmaceutiques, qui ne parviennent pas à en produire suffisamment rapidement pour répondre aux commandes tardives du gouvernement.

Face à l’injonction du directeur de l’OMS de « tester, tester, tester », tous les pays cherchent désormais à étendre rapidement leurs capacités. Mais plusieurs semaines seront sans doute nécessaires pour voir les différences se réduire significativement.

Article original

COVID-19: extending or relaxing distancing control measures

Auteur

Tim Colbourn